Elections législatives de rattrapage à Toumodi et Duala-Massala : Les révélations du scrutin et les leçons que le PDCI et le RHDP doivent en tirer.

La journée du samedi 21 février 2026 a mis définitivement fin au processus de l’élection législative quinquennale dont le premier tour s’est déroulé le samedi 27 décembre 2025 sur l’ensemble du territoire national.

Comme le permet la constitution, les  contestataires des résultats proclamés par la commission électorale indépendante-CEI, ont déposé des recours auprès du conseil constitutionnel, l’institution habilité à analyser les motifs et d’en déduire une décision de deux ordres.

Soit le Conseil estime que les arguments du plaignant ne sont ni convaincants ni de nature à modifier le résultat et décide de confirmer le score sorti des urnes tel que proclamé par la CEI, l’organe chargé d’organiser l’élection et d’en proclamer les résultats.

Soit le Conseil estime que les arguments sont efficients et décide de la reprise des élections.

Ainsi, à l’analyse des plaintes déposées, le Conseil a rejeté des plaintes, telles celles du très populaire Maire de Tiassalé, le journaliste d’investigation, candidat de son  parti ADCI dont il est le fondateur. Il postulait à sa propre succession parlementaire,  et a été déclaré perdant par la CEI face à son adversaire Alpha Sanogo du RHDP.

Dans la circonscription de Toumodi commune, il dans le centre du pays,  et  à Duala-Massala, dans le grand nord, le Conseil constitutionnel a décidé de la reprise des élections.

Ce qui a conduit la CEI à organiser la partielle du 21 février dans les deux circonscriptions électorales. Led résultats du dans ces deux zones a laissé matière à débattre :

À Duala-Massala , un candidat indépendant a battu le candidat du RHDP,  le tout puissant parti politique de l’échiquier national.

À Toumodi, Madame Goudou Raymonde, ministre gouverneur du district des Lacs, a été battue par son adversaire Hervé Alliali du PDCI-RDA par 56 % de voix.

À la lecture du tableau ci-haut, et c’est là que tout le monde gagne, il se cache une mine d’arguments pour chaque parti politique pour s’en inspirer et préparer l’avenir.

Mais venons-en au cas de Toumodi, une commune politiquement compliquée.

Et pour cause :

1) Toumodi commune est une circonscription qu’on peut qualifier de cosmopolite parce que composée de plusieurs communautés venues de divers horizons.

2) Tous les partis politiques sont bien représentés à Toumodi

3) Quoiqu’on dise pourtant, Toumodi se veut une citadelle du PDCI-RDA

4) Les violences et les atroces tueries observées lors des élections présidentielles de 2020 sont restées gravés dans les mémoires et tout pouvait dégénérer.

5) Le RHDP considère que Toumodi,  au regard de son aspect de ville cosmopolite, doit être  un acquis fondamental à intégrer dans le cercle de son influence déployée depuis Yamoussoukro, la ville natale du président Houphouët-Boigny, par sa triple victoire à Yamoussoukro commune, Yamoussoukro Sous-préfecture et Attiegouakro.
À Toumodi, le résultat du premier tour le 27 décembre qui donnait Hervé Alliali du PDCI-RDA vainqueur par 13 voix d’avance face à la candidate ministre gouverneur des Lacs Goudou Raymonde paraissait bien proche de la réalité.
Mais, la vaincue a posé une réclamation et un deuxième tour a été programmé le 21 février.
Ce match retour a donné son score le soir de ce 21 février : 56 % pour Hervé Alliali du PDCI-RDA et 44% pour Madame Goudou Raymonde.
Et ce soir là aussi imposait à chaque parti le devoir d’analyser sincèrement son résultat. Nous allons les y aider !
Le premier constat, c’est l’incapacité des deux plus grands partis politiques du pays de ne pas pouvoir mobiliser 50% des électeurs dans une compétition considérée comme déterminante pour tester la popularité de chaque parti ?
Je laisse le soin à chacun de réunir ses stratèges.
Au PDCI-RDA, les voix s’élèvent pour crier à la victoire de la cohésion qui fait gagner.
Quelle cohésion ?  Est-ce ce rassemblement de ces cadres alignés sur le podium avec des sentiments contraires bien visibles sur les visages ? La victoire de monsieur Hervé Alliali est celle de son équipe de Toumodi qui a choisi comme  stratégie une campagne de proximité avec des arguments spécifiques au contexte de Toumodi à la place des grands rassemblements.
Ce qui risque d’arriver au PDCI-RDA, c’est de mal analyser sa victoire et se laisser griser par une victoire avec des arguments propres à Toumodi.
Toutefois, cette élection a montré que les deux enfants de Toumodi ne voulaient pas de violence dans leur village. Et ils l’ont traduit par les visites de courtoisie et la signature  d’un accord de bonne conduite au cours de la campagne.
Et le soir du 21 février, tout le monde a constaté que pour une fois,  la CEI n’a pas été critiquée, les services de l’ordre non plus et la violence n’a pas prospéré bien qu’elle était bien flottante au-dessus de la ville. Et après la proclamation des résultats, la candidate vaincue a rendu visite au vainqueur. N’est-ce pas ce qu’on attend des élections ?
Bravo donc à Toumodi et Duala-Massala. Les deux circonscriptions nous laissent ici le message que la politique peut  aussi se faire avec fair-play.
Mais les hommes politiques doivent étudier les circonstances de leurs résultats. Il n’y a aucune fierté à proclamer qu’on contrôle un bastion dont on ne peut pas mobiliser 50% des électeurs.
Et que dire au RHDP dont la candidate qui est ministre gouverneur de district a perdu l’élection et dont la circonscription en est le chef-lieu.
Et l’autre question : le RHDP aurait-il fait le beau score du 27 décembre si son leader, le président Alassane Ouattara n’avait pas menacé les velléités de candidatures indépendantes ?
Violente question ! comme répondrait N’guess Bonsens, l’artiste chansonnier.

K.Georges AMANI
Directeur de la publication.