Décédé à 89 ans en France, Guillaume Houphouët emporte avec lui une partie de l’histoire de la Côte d’ivoire

Guillaume, c’est le fils du président Félix Houphouët-Boigny, le premier président de la Côte d’ivoire. Un peu ivoirien un peu sénégalais ; un peu agni un peu baoulé ; De tout ça, l’on lui reconnaît une grande qualité : l’incarnation de l’humilité, cette denrée rare dans notre Côte d’ivoire dite moderne.

Discret à souhait, il était banquier de formation et en incarnait l’attitude. Ses frères, Augustin l’aîné suivi de François et Marie sa petite sœur portent la même marque de l’humilité à la limite de l’effacement. Grand patron de la Société Ivoirienne de Banque, il empruntait régulièrement l’ascenseur avec les employés et les usagers. A ceux qui, après l’avoir reconnu voulaient en sortir pour nr pas gêner le VIP qu’il est, il leur demandait, avec humilité, d’y rester.

Pour nous qui avons tenté de le joindre en septembre dernier, dans le cadre d’une interview témoignage que nous sollicitions, nous savions qu’il était un peu fatigué mais pas malade. De ce fait nous ne nous attendions pas à le voir partir ces jours-ci.

Hélas, depuis ce jeudi 12 mars 2026, les réseaux sociaux, dans leur empressement habituel, ont brutalement annoncé la mort du prince éligible au trône de l’indénié, sans aucune mesure de respect de son statut qui commande d’observer   la procédure d’annonce d’un tel évènement selon la tradition.

D’ailleurs dans la discrète enquête que nous avons menée à Abengourou, dans les environs de la cour royale et à Yamoussoukro, il y avait bien une atmosphère lourde dans les cours, mais aucun signe de deuil pour le moment.

Père de 4 enfants prénommés Cécile, Jerôme, David et Anouck-Faitai, issus de son mariage avec Christiane Hervé-Dupenher, nièce de l’ancien président togolais Nicolas Grunitzky, Guillaume Houphoët-Boigny, plus connu dans l’esprit des ivoiriens que ses frères aînés Augustin, François et sa petite sœur Marie, pour ce qui est de leur mère Cady et même la petite Florence du deuxième lit de papa, Guillaume a donné valeur au testament de son père qui disait avoir volontairement éloigné ses enfants de la vie politique. Houphouët a-t-il voulu donner indirectement un enseignement aux ivoiriens ? En tout cas, il aura réussi, avec de ses enfants, à instaurer une pratique qui a le bénéfice d’attirer l’admiration du peuple. Respectueux et disciplinés, les enfants sont restés loin de la scène politique. Un bémol pourtant.

En effet, dans une interview réaliser par une télévision étrangère, le président Houphouët-Boigny  qui les leur faisait visiter son caveau familial à Yamoussoukro leur a dit : « Dans notre tradition un fils du village doit y être ramené pour le repos éternel ». Et d’ajouter qu’il a prévu pour près d’une cinquantaine de ses enfants et petits-enfants ; Or, apparemment il n’a pas organisé les conditions pour se retrouver sous la terre de ses ancêtres avec la plupart de ses enfants. Les deux premiers, Augustin et François sont restés en France. Pourquoi celui-ci viendrait ? Le royaume de l’Indénié dont il aurait pu en être le roi un jour accepterait-il de le voir couché à jamais si loin ?

Et que diront les baoulés où il est le fils de l’ancien chef de canton, puis  président de la république et inhumé dans la pure tradition des rois baoulé ?

« Il a vécu discret,  mais on souhaiterait lui rendre un hommage digne de son rang, a murmuré notre interlocuteur à Yamoussoukro ».

En effet, selon lui, cela donnerait l’occasion pour les populations de renouveler leurs reconnaissances au président Houphouët et d’exprimer leurs hommages à l’enfant digne de son père. Certainement qu’il n’a pas tort ; l’homme remplit toutes les conditions pour des funérailles grandioses. Et cela, les royaumes agni et baoulé, avec leurs alliés akan en Côte d’ivoire et au Ghana, savent bien le faire.

Une chose est sûre, personne ne tiendra rigueur à celui dont on ne connaît aucun ennemi.

Assurément, Houphouët Guillaume, l’humilité faite homme, emporte avec lui l’une des dernières pages essentielles des enseignements de Félix Houphouët-Boigny aux ivoiriens.