Vers la fin de l’année 1985, j’ai adressé un courrier de demande de stage de journaliste junior au président directeur général de Jeune Afrique, Monsieur Béchir Ben Yamed, incontestablement l’un des meilleurs éditorialiste de la presse franco- africaine.
Dans ma lettre, j’ai saisi l’occasion pour lui marquer mon désaccord sur son éditorial intitulé « l’Afrique noire n’est pas partie du tout « .
Et ceci, pour renchérir l’allégation de René Dumond, ingénieur agronome et sociologue français, qui a publié un livre sous le titre » l’Afrique noire est mal partie « .
J’ai dit alors à Monsieur Béchir Ben Yamed que l’Afrique noire ne veut aller nulle part.
En effet, la conception du développement tel que défini par les occidentaux n’est pas le modèle que les Africains attendent. J’étais convaincu que j’avais raison, car mes unités de valeurs en économie politique et en politique économique acquises au premier cycle en AES à l’Université m’avaient convaincu que le développement exogène que l’ancien colonisateur a conçu pour l’Afrique ne pouvait pas nous permettre de nous en sortir. Bien au contraire, c’est un plan d’asservissement éternel qui est édité pour maintenir l’Afrique dans une sorte de bulle. Et ça, je voulais le partager avec celui à qui je demandais du travail. Une audace qu’il fallait exprimer, au risque d’irriter le futur employeur. Heureusement pour moi, monsieur Ben Yamed, en grand intellectuel accompli et panafricain modéré, a plutôt apprécié ma courageuse manière de défendre mon point de vue en disant ceci :
<< Vous avez déjà un instinct naturel de journaliste et admirable courage ; c’est la première fois que celui qui me demande du travail conteste mon opinion >>.
C’est ainsi que j’ai été admis à faire un mois de stage probant suivi de mon embauche à Jeune Afrique
Quelsues années après, j’ai quitté volontairement ce grand groupe de presse et je suis arrivé en Côte d’Ivoire pour créer le premier journal privé « l’évènement africain » paru en mars 1988 et diffusé dans l’ex AOF. Je l’ai conçu pour manifester ma foi en mon pays et en l’Afrique.
Après avoir écouté le président Français Emmanuel Macron qui s’attèle à déterminer ce qui est bon pour le Mali à la place des maliens et leurs autorités je suis davantage convaincu que c’est bien le choix des africains eux-mêmes qui peut assurément définir et engager les projets et actions de développement durable et harmonieux pour l’Afrique. Sans entrer een profondeur de l’analyse que je fais de la présence des institutions de Bretton Woods dans le système de financement du développement des pays africains, je me pose quelques questions essentielles : comment certains gouvernements africains pensent-ils mener véritablement une politique de souveraineté économique pour le véritable développement ? Quel pays peut-il engager une vraie lutte contre le chômage sans encourager l’entrepreunariat ? Quelle vision entrepreneuriale peut-on réussir à déployer sans des banques de développement ? Et plus sérieusement, quel pays peut-il se développer quand le prix d’achat des principales matières premières dont il tire les ressources pour son budget est fixé par des structures et des gouvernements extérieurs ?
Eu égard à ces questionnements, je confirme que l’Afrique noire ne veut aller nulle part, parce que les chemins définis par les anciens maîtres ne nous conduiront pas à notre bonheur. C’est à nous, la génération actuelle, celle d’après les pères de l’indépendance de définir nous-mêmes nos propres VMV, (visions, missions, valeurs ). Si nous ne nous attelons pas, nos enfants et petits enfants n’auront pas d’autre verdict que de prononcer notre condamnation devant Dieu et l’histoire.
Kra Georges AMANI
Directeur de la publication.










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